Jeunesse et formation
Gustave Moynier naît à Genève le 21 septembre 1826. Son père, un négociant engagé dans la vie politique du canton, doit s’exiler avec toute la famille à Paris en 1846, après qu’une révolution locale a renversé le gouvernement dont il faisait partie. C’est à Paris que le jeune Gustave termine ses études de droit, avant de revenir à Genève avec un doctorat en poche. Le métier d’avocat ne lui apporte guère de satisfaction : il lui préfère bientôt la réflexion théorique sur le droit.
C’est également à Paris, dans l’effervescence des événements de 1848, qu’il rencontre celle qui deviendra son épouse, Fanny Paccard, fille d’un banquier genevois installé en France. Le mariage a lieu en 1851. Grâce à la fortune de sa famille et à celle de son épouse, Gustave Moynier n’a pas besoin de travailler pour vivre : il choisit de consacrer son temps et son énergie à des causes d’utilité publique. Dès 1855, il s’engage activement dans la Société genevoise d’utilité publique, qu’il préside dès 1857, à seulement trente et un ans.
Une vie d’engagement
En 1862, la lecture d’Un souvenir de Solférino, le récit que Henry Dunant vient de publier sur les horreurs de la bataille, bouleverse Gustave Moynier. Les deux hommes se connaissent déjà par la Société de géographie de Genève. Moynier lui rend visite pour comprendre comment mettre en pratique ses propositions et découvre que Dunant n’a encore aucun plan concret. Il prend alors les choses en main.
En février 1863, un comité de cinq membres se réunit pour la première fois à Genève : aux côtés de Moynier et de Dunant siègent le général Guillaume-Henri Dufour, ainsi que les docteurs Louis Appia et Théodore Maunoir. C’est la naissance du futur Comité international de la Croix-Rouge. En octobre de la même année, une conférence internationale se tient à Genève ; Moynier, appelé à la présider, y voit adopter les principes fondateurs du mouvement. L’année suivante, en août 1864, une conférence diplomatique réunit dans cette même ville les représentants de plusieurs puissances européennes, qui signent la première Convention de Genève, largement rédigée par Moynier lui-même aux côtés du général Dufour.
Moynier succède ensuite à Dufour à la présidence du Comité international, qu’il occupe pendant plus de quarante ans, devenant la cheville ouvrière de l’institution : on lui doit la rédaction de la plupart de ses actes officiels. Infatigable écrivain, il publie des dizaines d’ouvrages et d’articles sur la Croix-Rouge, le droit de la guerre et la charité organisée ; il fonde en 1879 une revue mensuelle consacrée à l’exploration de l’Afrique. En 1873, il participe à la création de l’Institut de droit international.
Cet engagement le conduit aussi vers un épisode aujourd’hui vivement débattu : dès la fin des années 1870, Moynier soutient activement l’entreprise coloniale du roi Léopold II de Belgique au Congo et en défend la légitimité juridique dans plusieurs écrits savants. En 1890, il devient le premier consul général de l’État indépendant du Congo en Suisse. Alors que les pratiques criminelles de cette colonisation sont dénoncées de son vivant, y compris à Genève, Moynier n’y répond jamais publiquement et garde le silence jusqu’à la fin de sa vie.
Ses pairs saluent par ailleurs sa contribution au droit international : il est élu correspondant, puis en 1902 associé étranger, de l’Académie des sciences morales et politiques à Paris, et reçoit plusieurs distinctions, dont la Légion d’honneur.
Un héritage
Gustave Moynier meurt en 1910, à quelques semaines de Henry Dunant. Il repose au cimetière des Rois à Genève, aux côtés de son épouse Fanny.
Pendant longtemps, son nom s’efface derrière celui de Dunant, dont l’image de fondateur solitaire de la Croix-Rouge s’impose dans la mémoire collective. En 1989, un buste est érigé en son honneur au parc des Bastions, à Genève, avec l’intention explicite de rendre justice à une figure jugée oubliée. Une rue et un parc de la ville portent aujourd’hui son nom.
Depuis quelques années, la mémoire de Gustave Moynier fait aussi l’objet d’un réexamen plus critique : la Ville de Genève a inclus son souvenir, à travers sa rue, son parc et son buste, dans une réflexion sur l’héritage colonial et raciste inscrit dans l’espace public, en raison précisément de son rôle dans l’aventure congolaise de Léopold II.